Récital Aldo Ciccolini piano

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Schubert écrivit ses trois dernières sonates en septembre 1828, deux mois avant sa mort. Elles forment de toute évidence un cycle : le compositeur nota sur les manuscrits "Sonate I, II et III ". Schubert comptait les dédier à Hummel, mais elles ne parurent (ensemble) que dix ans plus tard, en 1838, avec une dédicace à Robert Schumann.

Sublime chant intérieur, dernière des trois, la Sonate en si bémol majeur D.960 unit et transcende le message des deux précédentes. L'inoubliable mélodie initiale du Molto moderato semble dégagée de toute contingence, et l'Andante apparaît comme une sorte de marche immatérielle. Le Scherzo est une course débordante de gaieté, et le finale, page lumineuse toujours projetée en avant, conclut dans l'équilibre un des plus émouvants chefs-d'œuvre de la littérature pianistique.

On retrouve Schubert avec les Valses nobles et sentimentales de Maurice Ravel. La version originale pour piano fut créée le 9 mai 1911 par Louis Aubert, leur dédicataire, lors d'un concert où les auditeurs étaient censés deviner le nom des compositeurs inscrits au programme. Pour les Valses furent proposés ceux de Ravel (à une faible majorité), Satie et Kodàly. Ravel avait souhaité composer une chaîne de valses à l'exemple de Schubert. D'où, par rapport à Gaspard de la nuit, une écriture nettement clarifiée accentuant les reliefs du discours. Après la septième et dernière valse, un épilogue rassemble les principaux motifs déjà entendus.

Ebauchées à Madrid en 1907 et achevées en France en 1908, les Quatre pièces espagnoles de Manuel de Falla furent créées en novembre de cette année-là à la Société Nationale par Ricardo Vines. Influencées à la fois par Albeniz (leur dédicataire) et par des compositeurs français tel que Dukas ou Debussy, elles sont intitulées respectivement Aragonesa (fondée sur un rythme ternaire de jota), Cubana (pièce ambiguë rythmiquement), Montanesa (page nostalgique avec échos de chants populaires) et Andalusa (morceau harmoniquement le plus audacieux).

Oeuvre pianistique la plus ambitieuse de Falla, la Fantasia baetica fut composée de janvier à mai 1919 à l'instigation d'Artur Rubinstein et créée par ce dernier l'année suivante à New York. Elle s'inspire des instruments et des modes de la musique espagnole traditionnelle. Son titre s'explique aisément : La Bétique est le nom d’une ancienne province romaine correspondant à peu près à l'Andalousie actuelle, et Falla tenait aux racines "bétiques" de son pays.

Martine Kaufmann


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