Die Königskinder
Engelbert Humperdinck
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Si Hänsel und Gretel avait valu à Engelbert Humperdinck l’admiration de Richard Strauss qui en dirigea la création à Weimar en 1893, Die Königskinder lui apporta l’amitié et la reconnaissance d’un autre géant contemporain du monde lyrique, Giacomo Puccini.
Les deux hommes se retrouvèrent à New York fin 1910 pour les créations respectives de
La fanciulla del West et des Königskinder au Metropolitan Opera, toutes deux triomphales.
Après sa rencontre avec Wagner pour la création de
Parsifal, puis la composition de Hänsel und Gretel en 1893, Humperdinck s’était cantonné au genre opéra-conte de fée (Märchenoper), composant Die sieben Gäslein (Les Sept Petits Biquets). Quand il s’attaque aux Königskinder (Les Enfants royaux) en 1894, c’est pour écrire une musique de scène sur la pièce d’Ernst Rosmer, alias Elsa Bernstein (1866-1949), la fille du musicographe wagnérien Heinrich Porges.

Le texte ressortit bien au genre conte de fées avec les personnages du Fils du roi, de la Gardienne d’oies, elle-même de sang royal, de la Sorcière ou du Ménétrier. Un certain nombre d’autres personnages se rapprochent de Hänsel und Gretel : le Bûcheron, le Marchand de balais. Mais ce conte finit mal : certes le Fils du roi retrouvera la Gardienne d’oies, mais tous deux mourront empoisonnés par le pain ensorcelé de la Sorcière, avant de s’être mariés et d’avoir accédé au trône de Hellabrunn, ce qui semblait devoir constituer la fin heureuse de l’histoire. Au-delà du conte, le texte suggère une dimension initiatique donnée tant par le cadre de la forêt enchantée que par la clairvoyance de la petite fille du Marchand de balais : elle seule, une enfant, qui plus est issue du peuple, parvient à déchiffrer la vérité cachée sous les apparences du réel, reconnaissant sous les traits du porcher et de la gardienne d’oies les futurs souverains de Hellabrunn. L’aveuglement des adultes dits responsables (les membres du conseil de la ville) précipite la catastrophe.

Fasciné par son sujet, Humperdinck compose d’abord un mélodrame, plus qu’une musique de scène, créé à Munich en 1907. De même que le divertissement familial de Hänsel und Gretel avait pris d’autres dimensions, le mélodrame se mue en opéra de grande envergure qui occupe le compositeur de 1908 à 1910. Fidèle au modèle wagnérien d’un opéra durchkompornierte et d’un orchestre imposant (les bois par trois, quatre cors, trois trompettes, trois trombones, un tuba basse, harpe, cordes et percussion), Humperdinck part d’une thématique populaire (le «Rosenringel » du 2e acte) dévolue aux personnages issus du peuple (le Ménétrier, le Bûcheron, le Marchand de balais) mais étend sa palette expressive pour camper la Gardienne d’oies, d’origine noble, ou le Fils du roi. De même, il tente une symbolique musicale en identifiant les forces du mal au chromatisme qui transparaît dans les parties des enfants royaux, suggérant qu’ils sont eux-mêmes sous l’emprise d’une force qui les dépasse.
Pour la création new yorkaise de la version opéra, la grande Geraldine Farrar incarnait la Gardienne d’oies qui pénétrait sur scène entourée des douze gallinacés ( !) qu’elle avait elle-même apprivoisés durant les répétitions et Hermann Jadkowler celui du Fils du roi.
Gageons qu’Ofelia Sala (la Gardienne d’oies), Jonas Kaufmann (le Fils du roi), Detlev Roth (le Ménétrier) et Nora Gubisch (la Sorcière) obtiendront le même triomphe aux côtés du chœur d’enfants montpelliérain d’Opera Junior.

Lucie Kayas


 

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