La Festa cinese
Nicola Conforto
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Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la vie théâtrale en Italie tourne autour de la figure artistique de Métastase, qui parvient à en rehausser le niveau et à donner au drame chanté plus de cohérence et de vraisemblance, en préservant les livrets des nombreux « bricolages » opérés jusque-là par les chanteurs et les instrumentistes. La qualité musicale aussi s’en trouve améliorée, tout comme le style et la technique, reflétant en cela des mutations alors à l’œuvre dans tout le reste de l’Europe. Le très grand nombre de musiciens plus « traditionalistes » qui œuvrent en Italie dans le domaine de l’opera seria restent assez éloignés de la réforme promue avec force par Gluck, mais certains réinterprètent déjà la tradition à la lumière des idées nouvelles qui commencent alors à émerger dans ce domaine. Parmi ces grandes idées, citons la place nouvelle accordée aux instruments, avec la création de véritables mouvements orchestraux qui vont donner une dimension inédite à un spectacle autrefois exclusivement vocal, pour le plus grand bonheur du public. Nouvelle cohérence musicale, donc, et intérêt renouvelé pour le drame et la caractérisation des personnages, voilà quelques uns des objectifs que s’est fixé un petit groupe de musiciens napolitains, actifs vers le milieu du XVIIIe, et parmi lesquels se détache la figure de Nicola Conforto (1718-1788).

Né à Naples, il se fit connaître comme compositeur comique en 1746, pour se consacrer peu de temps après au genre serio, qu’il cultiva pendant quinze ans au service de la cour de Madrid. Là, il se distingua comme un musicien de grande qualité, mettant l’accent tant sur l’expression lyrique que sur la caractérisation instrumentale des personnages. Le succès de ses premiers opéras bouffe lui avait ouvert les portes du San Carlo de Naples : en 1750, il y donna l’opera seria Antigona, sur un livret de Métastase, qui sera repris par la suite à Londres, pour pas moins de onze représentations. Ce succès lui valut aussitôt deux autres commandes « étrangères ». En 1751, pour l’anniversaire de l’impératrice Marie-Thérèse (13 mai), il fut chargé par l’ambassadeur d’Autriche à la cour de Naples de composer la cantate à quatre voix Gli Orti esperidi. Et pour le 30 mai suivant, à l’occasion de la fête du roi d’Espagne Ferdinand VI, le grand sopraniste Farinelli, alors au service du souverain espagnol, lui demandait de mettre en musique le texte de Métastase intitulé La Festa cinese (déjà donné en 1735 à Vienne sous le titre Le Cinesi, sur une musique de Caldara), après avoir prié le poète d’enrichir son livret d’un quatrième personnage.

L’opéra fut donné au Palais Royal d’Aranjuez le 30 mai 1751, avec une distribution exceptionnelle : Peruzzi, Castellini, Pieri et Manzuoli. Cette commande allait marquer pour Conforto le début d’une heureuse collaboration avec cette cour. Il arrive à Madrid le 14 octobre 1755, avec un contrat de 400 doublons par an, plus 100 pour les frais de voyage. Par la suite, ce contrat sera porté à 700 doublons d’or, plus 50 pour le logement et 200 pour faire venir son épouse de Naples, ainsi qu’une voiture avec deux mules et un nombre impressionnant de cadeaux de valeur. Cette date marque aussi le début de son amitié et de son travail avec Farinelli, qui allait jouer un rôle important pour l’affirmation du goût italien dans l’Espagne du XVIIIe: en effet, tous ses opéras furent aussitôt salués pour leur veine mélodique féconde et brillante, et ils furent toujours chantés en italien, par des Italiens, et accompagnés d’une traduction en espagnol pour faciliter la compréhension.
La mort de Ferdinand VI et l’avènement de Charles III allaient marquer un coup d’arrêt brutal aux fastes de l’opéra de cour. Mais cette période demeure dans toutes les mémoires comme un moment d’une extraordinaire richesse musicale.

Marco Iannelli
Traduction : Valérie Julia

 

 

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