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— Le plus grand soin fut apporté à cette œuvre destinée à inaugurer le théâtre. Certes, il peut sembler étrange à première vue que ce choix se soit porté sur Il Figlio delle selve, un livret écrit par Carlo Sigismondo Capece près de soixante-dix ans plus tôt et déjà mis en musique une vingtaine de fois. Mais en réalité, l’argument de cet opéra était parfaitement révélateur de l’esprit du lieu et du répertoire qui y serait donné par la suite. Le livret d’Il Figlio delle selve raconte l’histoire d’un père et de son fils qui, après un naufrage, vivent une quinzaine d’années au fond des bois. L’enfant a été pratiquement éduqué en « bon sauvage », au contact d’une nature qui l’a préservé des effets néfastes de la civilisation. Durant l’opéra, il rencontre une femme qui complète son éducation en lui faisant découvrir l’amour et la société. Il apprendra qu’il est fils de roi, que sa mère est vivante et que le couple parental reconstitué ne rêve que de reprendre le pouvoir qu’un tyran avait usurpé. Entouré d’un parc immense, le théâtre de Schwetzingen se prêtait tout particulièrement à des formes moins strictes que l’opera seria classique, lui-même mieux adapté aux spectacles de cour destinés à célébrer la puissance du souverain qu’aux fantaisies estivales et aux rêves de vie insouciante. Ainsi, beaucoup des opéras joués à Schwetzingen traitaient de la vie au grand air, affranchie des contraintes sociales et vouée aux plaisirs de l’amour et des biens terrestres. C’est l’image d’une Arcadie qui se reflète dans ces opéras, un Age d’Or dépourvu de contraintes et de conflits. En chargeant Ignaz Holzbauer de composer la musique de cet opéra, Carl Theodor avait fait un excellent choix. Recevant la commande de l’opéra durant l’hiver 1752-53, Holzbauer profita de l’occasion pour postuler aux fonctions de Kapellmeister à la cour de Mannheim. Le succès d’Il Figlio delle selve fut tel qu’un mois plus tard, Carl Theodor lui offrit effectivement ce poste. Plus tard, en 1777, le vieux compositeur suscita l’admiration du jeune Mozart qui, assistant à une représentation de Günther von Schwarzburg, salua la « fougue » qui animait cette composition. C’est cette même ardeur qu’on ressent en écoutant Il Figlio delle selve. Car sur le plan musical, Holzbauer s’aventure souvent au-delà des limites des genres, inventant pour chaque situation un langage musical qui semble déjà préfigurer la nouvelle réforme de l’opéra qui sera menée par Gluck dans les années 1760. Extrait du programme du Festival
de Schwetzingen 2003
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