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— Ainsi naquit Jeanne
au bûcher, dernière des six réalisations
d’Honegger avec Ida Rubinstein, et ouverture d’une collaboration
exceptionnelle avec Paul Claudel. Partant du bûcher et de la mort de Jeanne, Claudel a cette autre idée fondatrice : à l’heure de sa mort, Jeanne voit défiler devant ses yeux les étapes de sa vie, les onze scènes qui, des « Voix du ciel », nous ramène à « Jeanne d’Arc en flammes ». Manquait encore le Prologue : « Ténèbres, ténèbres ». Alors que l’œuvre avait été créée à Bâle le 12 mai 1938, Claudel, inspiré par les moments tragiques de l’Occupation, ajoute ce Prologue extraordinaire où la France de la Guerre de Cent ans reflète brutalement celles des années 40, offrant à Jeanne au bûcher un portique grandiose. L’œuvre mêle éléments populaires, verve quasi rabelaisienne, ironie et sentiment du sacré. Pour la musique, Honegger a suivi pas à pas les indications dramaturgiques et musicales de son poète : ainsi en va-t-il des motifs récurrents que son « Fille de Dieu va-va-va », du Trimazo de l’enfance lorraine de Jeanne, du Carillon de Laon sur la route de Reims. Populaire et savant, profane et religieux alternent aussi par le jeu du français et du latin. Lucie Kayas |
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