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Les Variations sur «
La Folia di Spagna » de Salieri
datent de 1815 et utilisent avec beaucoup d’inventivité
un orchestre composé de cordes, bois par deux, deux cors, deux
trompettes, trois trombones, harpe, timbales et tambour de basque. Elles
assurent le lien entre l’ancienne tradition baroque et l’univers
romantique d’un Liszt (Rhapsodie espagnole) ou d’un Rachmaninov
(Variations sur un thème de Corelli) qui l’utiliseront
comme symbole de continuité d’une tradition de près
de trois siècles de brillantes variations.
La « folia » est l’une des nombreuses danses et chansons
dansées d’origine populaire qui se sont développées
dans la péninsule ibérique vers la fin du Moyen-Age. Son
origine portugaise est confirmée dès le XVIe siècle
par un influent théoricien espagnol, Francisco de Salinas, dans
son traité De Musica libri
septem. Dans les pièces du créateur
du théâtre de la Renaissance au Portugal, Gil Vicente,
elle est associée à des personnages populaires, bergers
ou paysans, occupés à danser et à chanter avec
la dernière énergie, d’où son nom de «
folia » qui signifie à la fois amusement débridé
et folie en portugais.
Sa caractéristique musicale, une ligne de basse répétée
sur laquelle on pouvait improviser des variations, servira désormais
de patron harmonique à un nombre considérable de musique
de danse et de musique instrumentale avant de devenir au XVIIIe siècle
l’un des terrains favoris pour des variations instrumentales de
haute virtuosité chez des compositeurs comme Corelli, Scarlatti,
Vivaldi, Buononcini en Italie, Marin Marais et d’Anglebert en
France, Johann Sebastian Bach et Carl Philipp Emmanuel Bach en Allemagne.
Un des plus grands violonistes de la première
moitié du XXe siècle, compositeur, roumain de naissance
et français d’adoption, Enesco
regrettait déjà de son vivant que sa carrière de
soliste, de pianiste, de chef d’orchestre et de pédagogue
fasse de l’ombre à son œuvre de compositeur qu’une
rigueur scrupuleuse réduira à 33 opus.
A Vienne, il absorbera la tradition classico-romantique, à Paris,
l’enseignement de Gabriel Fauré, réalisant dans
son écriture une synthèse très libre de ces diverses
influences nourries du folklore roumain, donnant son premier chef d’œuvre
en 1903 avec sa première
suite d’orchestre dont le célèbre
« prélude à l’unisson » offre l’exemple
unique dans la musique avant Messiaen d’une pure monodie dans
une œuvre symphonique, dans le cadre d’une très grande
liberté rythmique et tonale.
Les Danses de Galanta
sont l’une des plus célèbres compositions de Zoltán
Kodály. Elles datent de 1933 et font partie des nombreuses
œuvres dans lesquelles le musicien hongrois s’inspire des
musiques populaires de son pays. Plus nationaliste que Béla Bartok
et moins soucieux de transformer ce qu’il avait, lui aussi, collecté
et enregistré dès 1905 dans le nord de la Hongrie, Kodaly
employa une grande partie de son activité à l’enseignement
et au développement de la musique chorale.
Nées des musiques populaires, les Danses de Galanta
sont entrées très tôt au répertoire symphonique
des grands chefs. Victor de Sabata par exemple les enregistra dès
1939.
Comme le souligne le compositeur André Boucourechliev
dans son ouvrage sur Beethoven : « Dans le principe
concertant qui oppose soliste et orchestre, Beethoven découvre
les sources vives d’un dialogue poétique libre qui, tout
en préservant la forme traditionnelle du genre, la fait oublier
; le concerto beethovénien résonne pur de toute convention
formelle. Ses dimensions temporelles et sonores sont, au reste, sensiblement
élargies : conception symphonique des développements et
des thèmes, de l’orchestre, de l’écriture
pianistique elle-même, qui rivalise avec toute la masse sonore
en un discours d’égal à égal. »
Si Beethoven ne tenait pas ses concertos, composés souvent extrêmement
vite, « pour ses meilleurs œuvres » comme il l’écrit
à plusieurs reprises à son éditeur Hofmeister ;
s’il souhaitait avant tout s’y imposer comme pianiste, c’est
cependant avec le Quatrième Concerto
en sol majeur qu’il achève
de dépasser les limites du genre, a fortiori dans le Cinquième
qui vise explicitement à la puissance et à l’éclat,
car le piano, traité symphoniquement, fait désormais jeu
égal avec l’orchestre et l’instrument exigé
pour le jouer, à la différence des concertos de Mozart,
voire des premiers concertos beethovéniens, réclame toutes
les innovations que connaît alors la facture instrumentale.
Composé en 1809, son éclat sonore garderait-il le souvenir
d’avoir été interrompu en mai dans sa composition
par le bombardement puis l’occupation de la capitale impériale
par les troupes impériales françaises ?
Martine Kaufmann